Un PSE quoi qu’il en coûte

Après le rejet des propositions budgétaires par l’AS, une direction qui tente de faire voter un budget dépolitisé

Les votes de l’Assemblée Statutaire des 27 et 28 juin sont clairs : le budget voté pose un cadre financier mais il ne donne aucun blanc-seing à la direction sur son projet de PSE. Ce dernier a d’ailleurs été rejeté par deux fois le 9 juin. Un premier budget, basé sur un PSE à 29 suppressions de poste, a été rejeté à 73 % des voix. Le second, basé sur 23 suppressions de poste et l’intégration de certaines alternatives, l’a été à hauteur de 58 % des voix

Trois jours plus tard seulement, une nouvelle proposition, quasiment identique à l’une des versions rejetées le 9 juin, a été présentée dans un tour de passe-passe par la direction comme une option qui permettrait de couvrir à la fois un plan de licenciement, une rupture conventionnelle collective et un plan de départ volontaire autonome. Pour que ce budget puisse être voté, elle a fait le pari d’un budget vidé de sa portée politique et qui semble parer à toute issue des négociations avec les instances représentatives du personnel. Cette proposition, votée à 62 % des voix, offre ainsi un cadre budgétaire à GPF pour 2026, mais elle ne valide aucunement le plan de licenciement de la direction et la somme de poursuivre les négociations.

Pourtant, seulement deux jours se sont écoulés à l’issue du vote avant que la direction annonce à la section syndicale le maintien de son plan de licenciement et la fin des négociations. Le 6 juillet, elle est même allée jusqu’à envoyer à la Drieets (Direction Régionale Interdépartementale de l’Economie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités) un procès-verbal de désaccord qui mentionnait de multiples points d’accord qui n’en étaient pas. Une manière surprenante de respecter le vote des membres de l’AS qui appelaient à poursuivre le dialogue social.

La direction s’en justifie en brandissant les résultats d’un sondage réalisé auprès des salarié·es dans des conditions qui laissent pourtant à désirer.

Quand le sondage devient une tactique pour produire de l’opinion

Un sondage concernant les modalités de suppression de postes aurait pu être un outil au service de la discussion interne. Malheureusement, les trop nombreux biais méthodologiques font plutôt état d’une intention de la direction de tordre le réel dans le but d’obtenir un soutien artificiel sur son projet de PSE.

Le sondage a été élaboré par la direction, seule. Cette dernière a consulté un membre du groupe de travail “Consultation”, qui a notamment coordonné le précédent sondage relatif aux alternatives mais n’a pas sérieusement tenu compte de ses retours. En tout, 90 salarié·es ont répondu, soit une baisse de 23 % par rapport au précédent sondage.

Les résultats ont été agglomérés en trois jours par la direction, seule, puis présentés aux membres de l’AS avant même d’avoir fait l’objet d’une présentation et d’un échange avec les premiers et premières concerné·es.

Principal enseignement largement communiqué par la directrice générale lors de l’AS : une “écrasante majorité” des salarié·es serait favorable au PSE-PDV. En réalité, près de 40 % des salarié·es n’ont pas répondu au sondage. En outre, la direction a retiré les 27 voix qui ont coché “Autre”, en les faisant passer pour des “voix non exprimées” ou des “votes blancs”. Au final, 45 salarié·es seulement se sont déclaré·es favorables au PSE, dont 32 ne sont pas concerné·es par les licenciements.

Ce type d’instrumentalisation est malheureusement récurrent et ne nous permet pas de travailler en confiance avec cette direction. Vote à l’AS bafoué, parodie de dialogue social, sondage aux dés truqués, incapacité totale à tendre la main pour imaginer une voie de sortie collective, voilà au fond ce qui résume l’approche de la direction depuis maintenant quatre mois. Une direction déterminée à aller jusqu’au bout quoi qu’il en coûte.

Un projet de PSE qui n’a pas beaucoup évolué depuis mars

Après quatre mois d’une douloureuse bataille interne, les résultats ne sont pas au rendez-vous.

Les principaux changements entre la version initiale et celle envoyée à l’inspection du travail sont superficiels, notamment relatifs à la formation, aux critères d’ordre de départs ou aux indemnités. Le projet, dans son essence, n’a pas changé. L’organisation cible et donc les postes ciblés par les licenciements sont toujours les mêmes. Elle se caractérise par une surreprésentation des postes opérationnels, des salarié·es managé·es et met particulièrement à risque les personnes ayant une activité syndicale. Alors que le plan vise un objectif d’économie financière, il épargne paradoxalement les plus hauts salaires. En quatre mois, l’organisation cible n’a pas bougé, pas plus que la vision qui la sous-tend.

Une évolution a été celle du nombre de postes supprimés. La première baisse de 33 à 29 postes est artificielle puisque tout laisse à penser qu’elle n’est rien de plus que la marge de négociation que la direction s’est donnée dès le début du projet. La seconde, annoncée à l’issue des travaux conduits au sein de l’espace de réflexion collective, prévoit une baisse de 29 à 23 postes supprimés, conditionnée à une évolution des salaires comme le proposaient les groupes de travail salariés. Pourtant, les travaux des salarié·es ont permis de conclure à la possibilité de sauvegarder entre 11 et 15 postes. Pourquoi la direction a-t-elle tablé sur six ? Après avoir posé plusieurs fois la question, le mystère reste entier. 

Alors que le respect du consentement découle du principe de non-violence que Greenpeace affiche en externe, il aura fallu attendre trois mois et le rejet de deux propositions budgétaires par l’Assemblée Statutaire pour que la direction s’en soucie. Elle a ainsi ouvert une phase de volontariat aux salarié·es issu·es de catégories professionnelles non impactées par le PSE. Cependant, les modalités sont tellement conditionnées à de multiples critères que le nombre de licenciements contraints restera certainement très important.

Extrait de l’avis du CSE sur le projet de PSE (p.25) :  “Callentis parvient au même constat (p.63) : « Le faible nombre de candidats éligibles au regard du critère lié à l’impact des suppressions de postes aboutit à un ciblage des salarié·es. Un ciblage d’autant plus important au regard des conditions cumulatives et peu lisibles pour accéder au volontariat de substitution. » Le CSE relève que, plutôt que d’ouvrir une possibilité de départ choisi susceptible d’éviter des licenciements contraints, ce ciblage restreint l’accès à des salarié·es prédéterminé·es.”

Par ailleurs, les conséquences de ce plan de licenciement sur l’ensemble de l’organisation sont encore largement sous-estimées.

Impacts du PSE sur le réseau militant : angle-mort de la direction ou politique de la terre brûlée ?

Le projet de PSE ne tient absolument pas compte de l’impact de ses mesures sur le réseau militant et activiste. Pourtant, dès les premières semaines, une large majorité a exprimé son soutien au mouvement social et sa sidération face à la méthode employée et au contenu du projet. À ce jour, un grand nombre de militant·es et d’activistes sont toujours en grève, ont abandonné certaines de leurs fonctions, voire ont d’ores et déjà quitté le navire. De nombreux·ses autres pourraient suivre si ce PSE va jusqu’au bout. Ce n’est pas une menace, c’est une large partie des militant·es et activistes qui ne se retrouvent pas dans ces méthodes et qui font actuellement face à une perte de sens. Pourquoi mettre son énergie dans une organisation qui ne fait que reproduire la violence du système que nous combattons ? Pas une ligne dans le projet de PSE sur ses conséquences sur le réseau, sur la perte annoncée de nos forces vives et son impact sur nos capacités à faire campagne, malgré les très nombreuses alertes.

Extrait de l’avis du CSE sur le projet de PSE (p.63) : “Callentis en tire le constat suivant (p.189) : « le dossier ne peut pas évaluer sérieusement le PSE s’il traite les salariés, les bénévoles, les militants, les adhérents et les donateurs comme des sphères séparées. Chez Greenpeace, ces sphères sont imbriquées. Leur réaction peut affecter la Collecte, le climat social, l’image, l’engagement, la charge de travail et la capacité réelle de mise en œuvre de l’organisation cible. » Or, aucune de ces communautés bénévoles n’a été associée à l’élaboration du projet, et le Livre IV ne comporte aucune analyse de ses conséquences sur elles.”

Que va devenir Greenpeace ? Une agence de communication qui mènera des campagnes d’opinion et pour laquelle le militantisme sera optionnel ? Un think tank qui produira de nouvelles idées en continuant de défendre une approche sociale de l’écologie après avoir conduit un plan de licenciement de manière autoritaire ?

Malgré les votes de la Nouvelle Équation qui place le réseau militant au cœur de la mission sociale de Greenpeace, force est de constater que ce dernier n’est ni respecté ni considéré par cette direction qui privilégie la voie de l’entêtement, de manière solitaire.

Ainsi, elle se prive de la puissance créative de ce réseau qui pourrait grandement contribuer à bâtir une alternative crédible. De cette méthode découlerait pourtant un effet de synergie positif pour l’organisation et notamment pour la collecte.

Malgré la sollicitation du CA, une direction qui avance en roue libre

Face à l’obstination de cette direction et à un cadre respectueux et loyal qui n’était plus assuré, le syndicat ASSO-Solidaires a publié un communiqué qui sollicitait l’intervention du CA pour la poursuite des négociations. Parmi les derniers événements en date, une lettre visant entre autres la déléguée syndicale, contenant des propos attentatoires à sa dignité, a été envoyée anonymement à l’ensemble des communautés Greenpeace. Ce contexte hostile ne permettait pas de poursuivre les négociations dans un cadre respectueux et loyal, dans l’intérêt des salarié·es et de leur emploi. 

Ainsi, nous demandions à ce que le rôle de garde-fou du CA, qui constitue à la fois sa fonction institutionnelle, mais aussi une condition associée au vote du cadre budgétaire, soit pleinement exercé. Mais cette sollicitation est restée sans réponse. 

Depuis, le CSE a rendu un avis défavorable sur le projet de PSE en s’appuyant sur le rapport d’expertise de Callentis. La direction, qui a pour obligation de répondre à cet avis en indiquant d’éventuelles modifications à son projet, a répondu directement lors de sa présentation en réunion, contrairement à la pratique habituelle, sans avoir pris le temps ni la peine d’étudier le document.

Cela ne l’a pas empêché d’envoyer le 29 juillet le plan de licenciement à la DRIEETS pour homologation, sans y intégrer aucune des remarques ou demandes formulées par le CSE dans son avis, basé sur le rapport de son expert Callentis. La réponse à la demande d’homologation du PSE est attendue autour du 20 août.

Un CA renouvelé qui reste, pour l’instant, dans la continuité

Un autre vote clé a eu lieu, avec le renouvellement fin juin de deux sièges au CA et l’arrivée d’un·e septième membre. Le passage à sept membres devait permettre, grâce au nombre impair de voix, d’éviter la prépondérance de la voix présidentielle en cas d’égalité lors d’un vote. 

Suite au renouvellement de ses membres, nombreux·ses étaient celleux qui attendaient le vote, lors du premier CA du 29 juin, pour la désignation du nouveau bureau avec la réattribution des différents rôles, notamment celui de président·e. Malgré les volontés de certain·e·s de ses membres de rendre ce CA plus transparent et plus démocratique, le flou autour de la tenue ou non de ce vote a été total. Cette incertitude a conduit des militant·es d’Ile-de-France à se mobiliser pour demander à ce que le bureau du CA soit renouvelé. Le vote a bien eu lieu, deux semaines plus tard, le bureau s’est renouvelé, mais nous ne comprenons pas comment, malgré une égalité de voix, l’ancienne présidente a pu se maintenir.

Le 15 juillet, un calendrier alternatif a été proposé au CA par des membres du CSE. Ce calendrier, issu d’un travail collaboratif du mouvement social, a vocation à montrer qu’une autre voie est possible pour sortir Greenpeace de la paralysie dans laquelle le plan de licenciement l’a plongée. Il s’appuie sur les précédents rendus d’avis CSE et les rapports d’expertise sur la situation économique et financière et sur les orientations stratégiques. 

La première étape de ce calendrier impliquait que le CA se positionne clairement pour trancher sur la poursuite ou l’abandon du plan de licenciement. À ce jour, la position du CA n’est toujours pas claire pour les communautés qui manquent cruellement d’informations. 

En ce qui concerne la transparence, force est de constater que le mandat du CA ne porte pas ses fruits à ce jour, notamment auprès des communautés militantes et adhérentes qui n’ont reçu quasiment aucune information depuis l’AS de fin juin. 

Nous gardons toutefois espoir que nos voix puissent être entendues et dignement représentées au sein de la gouvernance associative.

Une pression culpabilisante poussant à la reprise du travail

La direction ne semble pas avoir pris conscience de la gravité de la situation. Il ne peut y avoir de retour à la normale en un claquement de doigts. La fracture créée par ce PSE, le choix de l’organisation cible, la rupture de confiance, la violence de la méthode avec laquelle ce projet est désespérément imposé, tout cela ne se résorbera pas tant que le projet ne sera pas abandonné et qu’aucun espace ne sera créé pour permettre la réelle co-construction d’un projet alternatif.

Pourtant, les pressions de la direction se multiplient pour un retour au travail. Une pression culpabilisante, brandissant l’argument de l’urgence de l’échéance présidentielle. Il serait bon de rappeler que ce n’est pas le mouvement social intercommunautaire qui bloque un retour au travail, mais bien la direction en choisissant de maintenir coûte-que-coûte un projet qui conduira, s’il va à son terme, à une altération irrémédiable de notre réseau militant et activiste, de nos capacités d’action et de nos valeurs.

C’est pourquoi nous appelons solennellement les managers et manageuses à soutenir leurs équipes, aux côtés de celles et ceux qui luttent pour un projet susceptible de panser nos plaies et de retisser nos liens, plutôt qu’un projet dont les conséquences sociales, humaines et éthiques auront un prix beaucoup trop élevé pour chacun·e d’entre nous.

Une rentrée en lutte !

Nous avons aussi besoin du CA, de l’AS, de ce qui fait le cœur battant de notre démocratie interne pour imposer à la direction une autre voie, celle du dialogue et de la construction collective.

À toutes les personnes qui désespèrent de ce projet, à toutes celles qui s’inquiètent pour l’avenir de Greenpeace et pour celui de ses militant·es, il n’est pas trop tard ! Nous comptons sur vous pour imaginer avec nous un nouvel horizon. 

Ne nous laissons pas abattre, il y a plein de belles perspectives de lutte en cours de préparation pour la rentrée.

On n’attend plus que vous pour venir donner de la force 🙂

Le collectif interco pour des alternatives et pour un projet fidèle aux principes votés lors de la Nouvelle Équation